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Story

« Tout commence le 21 février 2017, premier jour au Canada, premier jour de tempête », se rappelle George Al Frieh, Syrien habitué à une température minimale de -1 degré Celcius… jusqu’à ce qu’il arrive à Montréal comme réfugié. Dans un français impeccable, il raconte son départ d’une Syrie en guerre et son installation au Québec à 17 ans.

Quitter la guerre pour le froid

Alors que beaucoup d’histoires de personnes réfugiées ou immigrées se perdent dans les dédales administratifs ou les cases ministérielles, la transition de George vers une nouvelle vie souligne la résilience humaine face au changement et à l’adversité. Et heureusement : « si je n’avais pas quitté pas à ce moment, je serais peut-être encore à Syrie : à 18 ans j’allais devoir faire mon service militaire, et comme beaucoup, j’allais sûrement devoir faire plus que les 2 ans obligatoires. » Selon Hugo Ducharme, responsable du parrainage et de la protection des données personnelles du Service Jésuite des Réfugiés Canada (SJR), sa réalité est celle de beaucoup de famille syrienne dont les garçons approchaient de l’âge du service militaire. « La peur de ne pas revoir leur enfant revenir vivant du service militaire a mené plusieurs familles à quitter leur pays », souligne M. Ducharme.

Rappelons le contexte. La guerre en Syrie a commencé en 2011. Quatre ans plus tard, des élections fédérales sont prévues au Canada, en octobre 2015. En pleine campagne électorale, l’image du corps du jeune syrien, Alan Kurdi, étendu sur une plage, touche plusieurs personnes au Canada et dans le monde. Les libéraux promettent alors de faire venir 25 000 réfugiés syriens au pays. Élus, ils remplissent leur promesse. Finalement, le Canada, si on tient compte des réfugiés pris en charge par le gouvernement et ceux qui sont parrainés par des groupes de citoyens, a largement dépassé l’objectif de 25 000. George était l’un d’eux.

Dans son voyage, George a expérimenté non seulement la générosité et l’accueil de la communauté canadienne mais aussi une invitation à participer à un dialogue interculturel enrichissant, soulignant l’importance de construire des ponts entre les différentes communautés.

Dans le cas de la famille Al Frieh, leur histoire met en lumière l’esprit de générosité et l’importance du soutien communautaire dans les moments de besoin. En plus de la paperasse, George et son frère jumeau se souviennent d’un moment marquant d’humanité : « le père Mario Brisson, SJ, et d’autres personnes du SJR nous ont accueilli à l’aéroport. » L’implication du Service Jésuite des Réfugiés Canada s’est déroulée bien après la sortie de l’avion, ajoute le jeune homme : « Ils nous ont aussi amené des articles essentiels pour l’appartement, un ordinateur pour étudier, des téléphones… Il y avait des rencontres, des soirées pour nous aider à nous intégrer dans la société, et aussi pour rencontrer d’autres personnes réfugiées et partager notre vécu. » Cette bienvenue chaleureuse a marqué le début de leur intégration dans la société canadienne, soulignant l’importance de l’accueil et de l’accompagnement dans les défis de la nouvelle vie.

L’été suivant l’arrivée de George, ce dernier a été avec d’autres jeunes adultes et leur famille dans une expérience de partage et de découverte mutuelle. M. Ducharme a été marqué par ces jeunes qui profitaient réellement du moment présent, par leur résilience impressionnante. « Quand je me rappelle de George, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est que je l’ai toujours vu sourire. » Néanmoins, il est difficile de quitter l’environnement où on a grandi, arriver dans un endroit où on ne connaît personne. « J’ai beaucoup pleuré pendant la première année », se rappelle le jeune syrien.

Montréal, dans une autre langue et un autre système scolaire

« On ne parlait aucun mot français, aucun, en arrivant ici ! Et quand je parlais anglais, on me répondait en français. J’ai utilisé la langue des signes pendant quelques semaines. » La barrière de la langue n’était pas la seule difficulté à franchir.

Arrivé à 17 ans, George a intégré une école secondaire pour apprendre le français , mais dans une classe avec des jeunes de 12-15 ans. « On écoutait des films d’animation ou des chansons québécoises toute la journée. Ça ne m’intéressait pas tellement : j’ai tout laissé derrière pour venir écouter un film ? » Le jeune homme termine son année scolaire, dont il ne restait que quelques semaines, en travaillant chez Adonis… en arabe.

En septembre, ça n’allait pas : « je ne pouvais plus supporter le stress, je ne savais même pas où je m’en allais ni ce qui m’attendait. Quand j’en parlais avec une conseillère, je n’arrivais pas à exprimer ce que je voulais et je ne recevais donc pas l’aide qu’il me fallait. »

Selon M. Ducharme, « les gens n’ont pas idée à quel point l’intégration est un défi, surtout pour les personnes qui ont vécu la guerre. En plus de s’intégrer, ils doivent faire le deuil de leur pays. Au minimum, dans la première année suivant leur arrivée, ils doivent apprendre une nouvelle langue, intégrer le système d’éducation pour les jeunes, comprendre le système bancaire et de transport en commun, savoir où aller chercher la nourriture, s’adapter au climat… Ils doivent aussi se créer des repères. » Le responsable du parrainage souligne également qu’un choc culturel, des personnes qui orientent mal les personnes réfugiées, des déceptions ou, comme dans le cas de George, une classe d’accueil qui n’est pas adaptée aux besoins réels des gens, peuvent créer un stress qui s’exprime de différente manière selon les personnes.

Les gens qui gravitent autour des personnes réfugiées ont donc un impact important. Dans le parcours de George, certaines personnes rencontrées étaient racistes. Mais il ne veut pas généraliser, soulignant que d’autres étaient « adorables », comme une enseignante qui lui transmettait des notions de maths le jour, et qui l’aidait de soir à remplir des papiers gouvernementaux.

Néanmoins, pris en lui-même, George a pensé quitter l’école, avant d’entendre parler des centres d’éducation des adultes et d’y faire son secondaire en deux ans, y compris le français.

Un parcours d’étoile

Enfin à la bonne place, George réussit. Très bien même. « Mon prof de maths m’a appelé pour me dire que j’avais eu 100 %, ce qui n’était jamais arrivé. Et je travaillais en même temps, parfois jusqu’à 50 heures ! »

Ses efforts incroyables ont été récompensés : il a terminé ses études secondaires avec la médaille du gouverneur général pour la meilleure moyenne en 2020-2021. « C’était quelque chose. J’ai pleuré et la conseillère qui m’a suivi aussi. Malgré les difficultés et les efforts que j’ai dû fournir, je n’ai pas lâché, je me disais que je n’étais pas venu pour rien. » « C’est vraiment exceptionnel », s’exclame M. Ducharme. « Lui et son frère jumeaux sont vraiment brillants ».

Ensuite, il est allé au Cégep Bois-de-Boulogne en sciences naturelles. Sa moyenne a baissé à cause du français et de la philosophie, l’empêchant d’intégrer le programme de médecine dentaire à l’université. Néanmoins, il ne perd pas de vue son rêve. « Je suis inscrit en ergothérapie à l’Université de Montréal. Je vais faire de mon mieux pour remonter ma cote R et entrer en médecine dentaire, parce que c’est ça que je veux faire dans la vie. »

La vie hors des cours

La musique occupe une place importante au sein de la famille Al Frieh. Ainsi, en plus d’être un étudiant incroyable, George est aussi un musicien depuis l’âge de 6 ans, et la musique a ponctué son parcours au Québec. « Peu après notre arrivée à l’école Georges-Vanier, il y avait un concours pour présenter des talents, comme American Got Talents. Mon frère jumeau et moi on a décidé d’essayer, en faisant de la musique. Moi je jouais la guitare. On a fait notre morceau et après les juges ont parlé, mais mon frère et moi on ne comprenait rien ! Alors ils ont traduit en anglais et ils ont dit qu’ils avaient aimé ! On a passé les étapes… et on a gagné ! »

Trouver du temps pour la musique, entre les études et le travail, est difficile, mais il suit des cours de guitare. « Je jouais juste de la musique orientale… mais j’ai décidé d’essayer le flamenco. Je voulais lâcher pour le travail, mais le professeur de guitare m’a convaincu de continuer. »

Enfin, George a aussi grimpé les échelons dans son emploi. Après que le PDG d’Helium Wireless ait remarqué et apprécié son travail, le jeune homme s’est vu offrir le poste de gérant du développement d’affaires au sein de cette compagnie téléphonique.

« Le parcours de George est inspirant », termine M. Ducharme. « Inspirant pas juste pour de jeunes réfugiés, mais pour les jeunes en général, peu importe leur origine. »

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Depuis plus de 40 ans, le Service Jésuite des Réfugiés (SJR) accompagne, sert et plaide en faveur des réfugiés et autres personnes déplacées de force, afin qu’ils guérissent, s’instruisent et déterminent leur propre avenir.

Le SJR reconnaît l’importance de donner du pouvoir à ceux et celles directement touchés par le déplacement. Le comité de réfugiés, coordonné par Rocky Robenson dans le cadre de l’accompagnement pastoral, sert par exemple de plateforme où les réfugiés eux-mêmes jouent un rôle central dans la formulation des politiques et la prise de décisions qui impactent l’ensemble de la communauté.

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