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Story

Par MegAnne Liebsch 

Rosella Kinoshameg a grandi sur l’île Manitoulin, en Ontario. Petite, elle ne comprenait rien à la messe catholique à laquelle elle assistait le dimanche. C’était avant Vatican II et le prêtre disait la messe en latin, le dos tourné à l’assemblée. Les lectures et les chants étaient en anglais, et non en ojibwé, sa langue maternelle. Sauf pour quelques cantiques en ojibwé que chantaient les fidèles, la paroisse des jésuites ne reflétait guère la culture et les traditions autochtones. 

Rosella Kinoshameg préside un rituel de purification lors de la messe pour la Fête de Saint-Ignace en 2022

Grâce, entre autres, au leadership de Kinoshameg, l’approche pastorale des jésuites à l’endroit des autochtones a beaucoup évolué. Aujourd’hui, des organisations comme le Anishinabe Spiritual Centre et le Kateri Native Ministry permettent aux jésuites et à leurs partenaires de définir des méthodes d’accompagnement spirituel qui reconnaissent les leaders autochtones et honorent les traditions autochtones. 

« Il faut savoir apprécier l’importance et la valeur des cultures et des langues autochtones, affirme Kinoshameg. Quand je pense à ma culture et à nos traditions et que j’ajoute l’apport de l’Église, je constate que mes connaissances, la lecture que je fais de la réalité et ma vie spirituelle s’en trouvent enrichies. »  

Citant le père Paul Robson, SJ, elle ajoute : « Nous voyons naître une Église catholique anichinabée florissante et activement engagée. L’inculturation de la foi, de la culture et de la spiritualité fait que notre peuple se sent valorisé, promu, intégré dans la foi et la pratique de l’Église. » 

Les valeurs d’inculturation et d’intégration ont souvent été négligées dans les interactions de l’Église et des jésuites avec les Premières Nations de l’Ontario. Les jésuites sont arrivés pour la première fois dans les territoires des Anishinaabe au milieu du XVIIe siècle, et ils fournissent des conseils religieux aux habitants de l’île Manitoulin depuis 1844. Pendant une grande partie de cette histoire, l’approche des jésuites, reflétant celle de l’Église au sens large, mettait fortement l’accent sur leur propre autorité en matière d’administration paroissiale et d’éducation. L’apport de la communauté autochtone était rarement pris en compte. De nombreux ministères jésuites travaillant avec les peuples autochtones ont adopté une mentalité coloniale qui considérait les modes de vie des Premières Nations comme inférieurs et visait à les remplacer par des valeurs chrétiennes et canadiennes. 

Pendant son enfance, on a inculqué à Rosella l’idée que son identité autochtone et sa foi catholique devaient rester séparées. À l’âge de huit ans, on l’a envoyée dans un pensionnat dirigé par un institut religieux féminin associé aux jésuites, qui administraient l’école Saint-Pierre-Claver tout à côté. Elle y a fait son cours primaire, mais il lui était interdit de participer aux pratiques traditionnelles des Anichinabés. Les châtiments corporels y étaient fréquents. 

Pendant son enfance, on a inculqué à Rosella l’idée que son identité autochtone et sa foi catholique devaient rester séparées.

Presque tous les frères et sœurs de Rosella ont fréquenté des pensionnats catholiques et cette expérience les a marqués profondément. Certains ont intériorisé la honte de leur héritage autochtone. Une de ses sœurs a refusé de se dire Anichinabée et a demandé à ses parents de ne lui rendre visite qu’à la nuit tombée pour éviter que les voisins voient qu’ils étaient autochtones. 

Aujourd’hui, les Jésuites du Canada se sont engagés à réparer les relations rompues par les pensionnats et une forme de ministère paternaliste. Depuis Vatican II, des jésuites s’attachent à renforcer le leadership autochtone dans l’Église et, avec l’aide d’anciens, ils commencent à intégrer les langues, les coutumes et la spiritualité autochtones aux rites catholiques.  

« C’est là que [les jésuites] ont commencé à s’orienter vers le partenariat dans la pastorale autochtone », explique le père Peter Bisson, SJ, ancien provincial du Canada anglais. Les jésuites ont également entrepris de collaborer avec des leaders autochtones qui militaient pour différents enjeux de justice sociale et environnementale.  

Au début des années 1980, Rosella Kinoshameg a commencé à travailler bénévolement pour le Anishinabe Spiritual Centre d’Espanola, en Ontario. Le centre propose des retraites dirigées et des programmes de formation spirituelle, dont beaucoup sont conçus spécifiquement pour les Premières Nations. En langue anichinabée, le centre s’appelle Wassean-Dimi-Kaning : le lieu de l’illumination. Son programme phare, l’Anishinabe Leadership Formation Program for Deacons and Diocesan Order Service, permet à des leaders de la communauté de se familiariser avec les pratiques autochtones tout en se formant en vue du diaconat ou de l’ordre diocésain (pour les femmes). 

Station du chemin de la Croix Anishinaabe par Leland Bell

« Il s’agissait d’encourager les membres des Premières Nations à devenir des leaders au sein de leur communauté croyante, ce que je trouvais vraiment très bien, explique Rosella Kinoshameg. Ce que [le Centre] voulait faire, c’était d’encourager les autochtones à redécouvrir leurs racines, à valoriser leur propre culture et les beautés de certaines de leurs cérémonies et de leurs anciennes traditions. » 

« Ce que [le Centre] voulait faire, c’était d’encourager les autochtones à redécouvrir leurs racines, à valoriser leur propre culture et les beautés de certaines de leurs cérémonies et de leurs anciennes traditions. » 

Le traumatisme des pensionnats a coupé un grand nombre d’autochtones de leur culture traditionnelle. Peu de pratiques cérémonielles ont été transmises aux jeunes générations. Rosella Kinoshameg a donc mis au point un cours de dix mois qui allie un enseignement spirituel autochtone à la spiritualité catholique et ignatienne. Elle enseigne comment célébrer différentes cérémonies, comme l’offrande de tabac, et invite d’autres aînées et aînés à présenter des sujets qu’elle connaît moins bien.  

Cette transformation de l’approche du ministère pastoral ne s’est pas faite du jour au lendemain. Lorsque sont survenus les premiers signalements de maltraitance au pensionnat Saint-Pierre-Claver dans les années 1990, les jésuites ont été contraints de revoir les récits qu’ils se racontaient sur eux-mêmes et de prendre conscience de leur participation au projet colonial, explique Peter Bisson. 

Ce dernier dirigeait la province du Canada anglais au moment de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) et il a participé à de nombreuses séances d’écoute avec des survivants du système des pensionnats. La CVR a marqué un autre tournant dans l’évolution des jésuites canadiens, soit la prise de conscience de l’importance de partager le ministère avec les autochtones. Des conversations aussi franches que douloureuses ont fait comprendre au père Bisson que les communautés autochtones n’étaient pas les seules à avoir besoin d’accompagnement, c’était aussi les cas des jésuites. 

« Cela a été un facteur de transformation, et on a senti monter un sentiment de partenariat », souligne Peter Bisson. 

De ces conversations est né un effort à l’échelle de la province pour donner une place centrale aux relations avec les communautés autochtones dans tous les secteurs : éducation, initiatives de justice sociale, ministère paroissial. Aujourd’hui, le père Bisson représente la province en tant assistant provincial pour la justice, l’écologie et les relations avec les peuples autochtones et il travaille à « décoloniser » le ministère jésuite.  

Avec la découverte de 215 tombes anonymes sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops en 2021, les blessures mises au jour par la CVR restent vives. Rosella Kinoshameg rapporte que certains de ses amis, membres de la communauté de l’île Manitoulin, envisagent de quitter l’Église. 

« Il y a encore beaucoup de blessures, dit-elle, beaucoup de colère, beaucoup de reproches, beaucoup de traumatismes intergénérationnels et beaucoup de travail à faire. »  

 

C’est justement à propos de tout ce travail à faire que Rosella Kinoshameg et le père Bisson observent des progrès. Contrairement à ce qui se passait dans son enfance, Rosella voit maintenant sa culture s’exprimer à la messe. Un jésuite qu’elle connaît apprend l’ojibwé et espère traduire la Bible en ojibwé.  

Mais surtout, un dialogue honnête s’est instauré entre les jésuites et les chefs autochtones. « C’est un signe d’amitié », assure Peter Bisson. 

« Je pense que c’est un grand honneur d’être traités en amis et d’en recevoir le titre, ajoute Rosella Kinoshameg. Je vois que les jésuites se tournent vers moi et me demandent mon avis, mais l’Église doit aussi laisser les autochtones prendre leurs propres décisions. Nous avons notre mot à dire. » 

 « Je vois que les jésuites se tournent vers moi et me demandent mon avis, mais l’Église doit aussi laisser les autochtones prendre leurs propres décisions. Nous avons notre mot à dire. » 

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