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Story

Par Rachel Moccia

Raj Vijayakumar lors de sa cérémonie des premiers voeux au Regis College

Les pas et les voix s’harmonisent en une véritable symphonie sous les voûtes vénérables du Sanctuaire des martyrs canadiens ; au milieu de plus de 12 000 pèlerins de diverses confessions religieuses se trouve un jeune Canadien d’origine tamoule, Raj Vijayakumar. Happé par un pas de danse divin, Raj se retrouvera chez les jésuites. Aujourd’hui directeur spirituel, il accompagne d’autres pèlerins le long de leur propre itinéraire en ouvrant leur cœur à la présence profonde et transformatrice de Dieu dans leur vie. 

Quand avez-vous d’abord rencontré les jésuites ?  

Je suis Tamoul, originaire du Sri Lanka, et les Canadiens d’origine tamoule se rendent chaque année en pèlerinage au Sanctuaire des martyrs canadiens. C’est le plus grand pèlerinage de l’année;  plus de 12 000 personnes de diverses appartenances religieuses– hindous, bouddhistes, chrétiens – se réunissent à Midland le même jour. Ma famille faisait ce pèlerinage annuel et c’est là que j’ai eu mon premier contact avec les jésuites.  

Comment avez-vous discerné votre vocation ? 

Mon histoire est un peu étrange. Mon discernement a connu quelques allers-retours. J’ai envisagé pendant un certain temps d’entrer chez les Jésuites, et j’ai fini par le faire une première fois en 2013. Puis, vers 2018, à la fin de ma régence, j’ai quitté la Compagnie. La vie religieuse, comme toute vocation, invite à une certaine mort à soi-même. Confronté à cette réalité, j’ai commencé par dire non.   

La vie religieuse, comme toute vocation, invite à une certaine mort à soi-même. Confronté à cette réalité, j’ai commencé par dire non. 

L’histoire de ma vocation ressemble un peu à celle de Jonas ; en effet, Dieu invite Jonas à aller quelque part et Jonas s’entête à vouloir aller dans la direction opposée. Mais quelque chose au fond de mon cœur me disait que Dieu m’appelait.   

Qu’est-ce qui vous a ramené chez les jésuites ?  

Le prophète Jonas devant les murs de Ninive (vers 1655) dessin de Rembrandt

J’ai fait différentes choses après mon départ dont une année passée à L’Arche qui a vraiment été un moment de conversion. Je collaborais alors étroitement avec un homme confronté à de nombreux défis. Il est atteint de paralysie cérébrale, il ne peut pas parler et il fait des crises d’épilepsie. Je me suis lié d’amitié avec lui et, en marchant à ses côtés, je me suis rendu compte que, malgré toutes ses difficultés, sa vie était un véritable facteur de guérison pour les gens autour de lui. Il possédait une grande fécondité spirituelle. Cela a changé ma façon de comprendre la façon dont Dieu agit dans le monde.  

En quoi cette rencontre a-t-elle changé votre vision de Dieu ? 

En quittant les jésuites, je pensais que jamais Dieu ne pourrait s’attendre à ce que je suive cette voie ; c’était trop difficile. Toutefois, après avoir accompagné cet homme, j’ai compris que les désirs de Dieu sont bien plus grands que ce que je pense, ou de ce que j’en comprends. J’ai compris que la foi consiste à s’en remettre à Lui, sans savoir ce qui va se passer ; et que la souffrance que je vais rencontrer peut dépasser mon entendement. J’ai le sentiment aujourd’hui de faire ce que Dieu veut. Malgré les difficultés qui surgissent, je sens que Dieu est vraiment là, qu’il travaille avec moi et à travers moi. Voilà ce qui m’a ramené à la Compagnie. 

Votre expérience d’accompagnement à L’Arche a eu une influence considérable sur votre cheminement ! Ces derniers temps, vous avez eu l’occasion d’accompagner des personnes en accompagnement spirituel. Pouvez-vous nous en parler ? 

J’ai été initié à l’accompagnement spirituel par le père Kevin Kelly à la Villa Saint-Martin. Il m’a vraiment aidé à grandir dans cette autre vocation. Pour être bien franc avec vous, j’écoute très mal, parce que je suis toujours dans ma tête, en train d’analyser les choses. Or, l’écoute représente environ 90 % du travail d’un directeur spirituel ! À la Villa, j’ai non seulement acquis des compétences et des outils pour l’accompagnement spirituel, j’ai aussi grandi en tant que personne. J’ai appris à écouter l’autre réellement, sans faire d’hypothèse. Pour moi, c’est là un énorme développement personnel et spirituel.  

Raj a collaboré avec l’équipe du Centre de spiritualité ignatienne de Montréal

Comment mesurer l’importance de l’accompagnement spirituel dans le contexte actuel ? 

Je pense que l’accompagnement spirituel est une forme d’aide particulièrement efficace parce qu’elle comporte à la fois de l’humain et du divin. Si le directeur fait son travail, il aide la personne dirigée à s’ouvrir à Dieu et il permet à Dieu d’être l’agent actif.  

Je pense que l’accompagnement spirituel est une forme d’aide particulièrement efficace parce qu’elle comporte à la fois de l’humain et du divin. 

Par ailleurs, l’accompagnement spirituel est une rencontre qui ne ressemble à aucune autre dans notre vie quotidienne. Vous avez l’un devant l’autre deux êtres humains qui sont au même niveau, sans présupposé ; comme directeur, vous laissez l’autre se construire devant vous. Je ne suis pas là pour lui enseigner quelque chose ou pour l’obliger à faire quelque chose. Je suis là en tant qu’être humain en rapport avec un semblable. L’accompagnement spirituel, c’est être prêt à écouter l’autre personne, à se laisser changer par elle, par son histoire et par sa façon de voir le monde. 

Vous dites que vous vous laissez transformer par les personnes que vous accompagnez. Pouvez-vous nous faire part d’une expérience qui vous a marqué à cet égard ? 

En stage dans un pénitencier, j’ai rencontré un détenu vraiment serviable et attentionné. Il venait en aide aux autres détenus et prenait soin d’eux. En apprenant à le connaître, j’ai appris qu’il était là pour meurtre. Il m’a confié qu’à un moment donné, il avait décidé de ne plus faire de mal aux gens et de commencer à faire le bien. C’est un témoignage incroyable. Voilà quelqu’un qui a probablement commis l’un des pires crimes qu’on puisse imaginer, mais Dieu ne le met pas à l’écart. Dieu est en relation profonde avec lui et travaille à travers lui.  

Comment cultivez-vous l’attitude d’ouverture qui rend possibles ces rencontres transformatrices ? 

Pour moi, la réponse est évidente, il faut demander la grâce de l’humilité. En plus de prier, j’essaie de pratiquer l’humilité en résistant à la tentation d’entrer dans des jeux de pouvoir avec les gens, même lorsque mon interlocuteur est tenté de le faire avec moi. Cela suppose non seulement la volonté de ne pas entrer dans cette dynamique. Cela m’impose aussi d’accepter que je puisse être blessé. Toutefois, je sais qu’en entrant dans ces jeux de pouvoir, je me perdrais moi-même et je perdrais aussi l’attitude d’ouverture essentielle à la rencontre authentique.  

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